Sébastien, originaire du Haut-Rhin, a commencé le handball très jeune jusqu’à atteindre la 2ème division à l’âge de 18 ans :

« Quand tu fais du sport de haut de niveau tu ne te poses pas trop de questions : il y a les entrainements, les matchs, t’aimes ça. Tu ne réfléchis pas trop à ce que tu veux faire plus tard. Mais par facilité, et pour lier mes études et le hand, je me suis dirigé vers un cursus STAPS pour devenir prof de sport. J’ai fait ça parce que j’étais un peu dans un système, le sport, le hand, mon frère avait fait ça. »

Entre temps Sébastien arrête le sport de haut de niveau, parce que son corps ne suivait plus.

« Au fond, devenir prof de sport, ce n’était pas non plus ce que je voulais faire, moi je voulais voyager. J’ai donc pris une année sabbatique et je suis partie en Australie, en Asie. Je suis ensuite revenu en France, me résoudre à devenir prof, à entrer dans le système. Entre temps j’ai eu la chance de rencontrer le père d’un ami qui avait une école de commerce dans laquelle je suis rentré à Bac+2 qui te permettait de sortir avec un Master Business School en faisant 2 ans d’études dont 6 mois à chaque fois à l’étranger ».

Ce cursus en école de commerce lui a permis de vivre à Hawaï puis aux Philippines où, en 2008 l’entreprise dans laquelle il faisait son stage de fin d’études lui a proposé un poste.

« A cette époque là, 2008 c’était le crise des subprimes, donc y avait une grosse incertitude sur les économies en Europe, aux US, et au  début même si je n’étais pas parti forcément pour rester aux Philippines, je me suis dit que vu la conjoncture, il était peut être judicieux d’accepter ce boulot. J’avais besoin d’argent pour rembourser mon prêt étudiant, donc pourquoi pas. Je suis donc resté, j’ai appris pas mal de choses, je bossais dans le web marketing, la création de contenus sur internet, et petit à petit en voyant l’exemple de mon boss qui avait monté sa boite, je me suis dit que je n’étais pas plus bête que lui, et j’ai donc voulu tenter l’expérience également. »

Après réflexion, Sébastien monte finalement une entreprise de jeans sur mesure :

« Je ne voulais pas être un employé de bureau, ce n’était pas mon truc. Moi me lever tous les matins à 7h du mat et rentrer à 19h et ne pas faire ce dont j’avais vraiment envie, ce n’était pas pour moi. Bon, c’est vrai que j’avais la chance à cette époque de ne pas avoir de prêt maison, ne pas avoir d’enfants. J’avais un peu moins de 30 ans, c’est maintenant que je me suis dit que je pouvais prendre le risque de faire ce que j’ai vraiment envie. C’est comme ça que j’ai lancé ma 1ère boite.

Mais au final après 4/5 ans, après y avoir mis beaucoup d’huile de coude, la boîte vivotait, l’activité ne me plaisait pas plus que ça. Ca me plaisait beaucoup de l’avoir monté, lancé, mais une fois construite, c’était juste de la gestion et ça me plaisait beaucoup moins. »

Sébastien réfléchit alors à un nouveau projet. Depuis toujours, il a un hobby de faire et monter des vidéos.

« Bon, c’était des vidéos de vacances au début. Ca me plaisait, sauf que je n’avais pas vu la possibilité d’en faire un métier. Pour moi les gens qui faisaient des vidéos c’était des professionnels, il fallait faire des études. Puis j’en ai parlé à mon meilleur ami, je lui ai dit que j’avais une idée un peu folle en tête, que j’avais envie que la vidéo devienne mon métier. J’avais envie que la ligne entre vie perso et vie pro devienne un peu plus flou. Et il m’a dit : “Ecoute Seb, je crois que le problème avec toi, c’est que tu confonds hobby et travail”. Et sur le coup je me suis dit : il a raison, je ne vais pas me lancer là dedans. »

Il met donc son idée de côté, jusqu’à ce qu’un jour il tombe sur une vidéo de Brandon Li, et là c’est le déclic :

« Quand j’ai vu ce que cette personne était capable de faire, qu’il était capable de vivre de ça, j’ai voulu faire pareil. Et j’ai décidé d’investir mes économies dans le matériel nécessaire pour passer au palier supérieur, je me suis formé sur internet. Je me suis lancé seul dans un premier temps, et finalement quand tu commences à faire ce qui te plait vraiment, y a des énergies, des choses que tu ne contrôles pas trop qui se mettent en place, des portes qui s’ouvrent : et c’est là que j’ai rencontré ma business partner, une vidéographe qui est aujourd’hui ma copine. On était complémentaire, et 6 mois plus tard, on décidait de monter notre boite qui s’appelle Maldavar Films ».

En décembre 2016, il revend donc les parts de son entreprise de jeans à son associé et se lance dans cette nouvelle aventure :

« Pour une première année, ça a été pas mal, on a des clients, on continue doucement à grossir. J’ai eu de la chance, je parle de chance mais je ne crois pas vraiment en la chance : pour moi la chance c’est opportunité et timing.  Il faut être prêt, avoir les connaissances nécessaires, s’entrainer et le timing, ce sont ces choses qui arrivent au bon moment. Par exemple la rencontre avec ma copine. Quand j’ai dit que j’ai peut être perdu 2 à 3 ans avec mon ami qui m’avait déconseillé de me lancer, peut être que si je m’étais lancé je n’aurais pas rencontré ma copine, mon business partner. Là ou j’ai dit que j’ai eu de la chance, c’est que la boite qui m’a employé au début, a accepté que je sois consultant un jour par semaine. Et quand je leur ai parlé de mon projet, c’était des entrepreneurs aussi, je leur ai demandé de continuer à bosser avec eux avec des horaires aménagés tout en bossant sur ma boite. J’ai eu la chance d’avoir ça, ça m’a aussi aidé à avoir une stabilité financière. »

Souvent Sébastien repense à son parcours.

Moi je fais parti de ceux qui pensent qu’à 20 ans on ne sait pas ce qu’on veut faire. Et finalement on rentre dans un système, dans un conformisme. J’étais dans une famille de fonctionnaires, où le fonctionnariat c’était la réussite, la sécurité.  Dans ma famille, l’entreprenariat je ne savais pas ce que c’était possible. Au fond, de voyager, de voir le monde, ça m’a permis d’ouvrir les yeux. J’aurais pu continuer à faire du hand, prof de sport… mais au final j’ai compris que je ne pouvais pas être heureux; et j’ai donc décidé de prendre ce risque de tout arrêter… même si pour moi s’enfermer dans cette routine c’était d’autant plus risqué. En être conscient c’est la 1ère étape. Steve Jobs disait ” à partir du moment et tu te réveilles 3 fois de suite en te disant: j’ai pas envie de faire ça aujourd’hui, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas.”

Tu commences alors à te poser des questions, les bonnes questions : qu’est ce que j’aime exactement. Des fois tu ne sais pas toujours et puis petit à petit, avec des expériences que tu tentes, les opportunités que tu saisis, tout ça t’aident à répondre à ces questions…Moi l’année de césure m’a été bénéfique. Ca m’a permis de faire grandir ce que j’appelle l’arbre des possibles. Le tronc c’est toi, ta vie, et plus t’avances, plus tu montes dans les branches et plus tu te rends compte qu’il y a pleins de branches différentes, des branches que tu savais même pas qu’elles existaient. Et si tu ne fais pas face à elles grâce aux rencontres, expériences, tu n’es même pas au courant que ça va te plaire, et tes champs de possible sont limités.

Je ne dis pas que tout est toujours facile, mais ce qui est sur c’est que je préfère ma vie aujourd’hui que ce qu’elle était ces 10 dernières années. J’ai pris des risques : je gagne beaucoup moins que ce que je gagnais il y a quelques années, mais je ne changerai ça pour rien au monde.

Sébastien se garde pourtant bien de s’enfermer dans une routine et nous montre un dessin qu’il a reproduit sur son mur :

Le risque, quand on n’est pas bien, mais qu’on ne s’en rend pas toujours compte, c’est qu’on sait qu’on doit changer des choses mais sortir de sa zone de confort peut faire peur. Pourtant j’ai une théorie : c’est quand t’en sors, que la magie arrive, que tu rencontres des personnes, que tu fais face à des opportunités.

Pour moi la recette du bonheur c’est ça : tu laisses partir tout ce que tu as construit, pour faire place à d’autres choses. Comme le ménage de printemps, tu fais de la place pour d’autres choses.

Moi j’ai eu le déclic trois fois : quand j’ai lâché le sport et que je suis parti un an. Puis quand j’ai lâché le bureau pour créer la boite de jean Et 4 ans plus tard, après avoir mis tellement de temps, d’argent dedans… j’ai encore pris la décision de sortir de ma zone de confort et je suis encore plus heureux. »