Danseuse amatrice depuis son plus jeune âge, Félicia a grandit à Lyon.

“J’étais assez bonne élève, je réussissais bien dans les sciences. Mais au moment de choisir mes études supérieures ça a été assez compliqué pour moi parce que rien ne me faisait vraiment envie. J’aimais beaucoup les sciences mais aussi l’artistique. A l’époque j’essayais de trouver un moyen d’allier les deux mais je ne savais pas vraiment comment… J’ai fait des tests, j’ai consulté des conseillers d’orientation, mais je ne trouvais pas de réponse. J’ai finalement pensé à l’architecture parce que ça me semblait être une bonne combinaison de technique et de créativité. Mais je n’ai pas réussi les concours d’entrée. J’ai aussi pensé à travailler dans la musique, dans l’ingénierie du son, mais mes parents m’en ont découragée. Donc j’ai finalement intégré une prépa chimie à CPE Lyon.”

Peu convaincue, ne trouvant pas vraiment sa place au sein de l’école, elle confie avoir mal vécu ces années prépa.

“Pendant deux ans je n’arrêtais pas de me dire que j’étais nulle… Je me jugeais par rapport à mes notes. Le rythme était vraiment très intense avec beaucoup de travail et de stress. Et puis j’ai aussi arrêté toutes mes activités extra-scolaires pour mes études. Que ce soit la musique ou la danse, j’ai tout mis de côté pour me consacrer entièrement à la prépa.”

Finalement, Félicia parvient à intégrer une école d’ingénieur. Mais après deux années très (trop) intense, elle relâche la pression et doit finalement redoubler.

“Mais en fait ca a été bénéfique de redoubler. Comme j’avais moins d’heures de cours j’ai voulu reprendre la danse pour occuper mon temps libre. J’avais une amie qui donnait des cours de hip-hop dans une école et elle m’a proposé d’essayer. C’est ce que j’ai fait… Et je me suis pris une bonne claque ! J’ai vraiment adoré et j’ai immédiatement pris le pass illimité du club. Donc à partir de là j’ai passé tout mon temps libre là-bas. J’ai essayé tous les cours, tous les styles, et je me suis fait plein de copains. Et de fil en aiguilles je me suis retrouvée dans plein de projets de danse.”

En participant à des grands événements du monde de la danse, et notamment au défilé de la Biennale de la danse à Lyon, tout devient plus clair… Danser, voilà ce que Félicia veut vraiment faire.

“J’étais prise par les études et il fallait que je termine, que j’obtienne mon diplôme d’ingénieur. Il me restait deux ans d’études. A ce moment là j’avais peur du regard des autres, je n’osais pas trop en parler. Pour moi c’était une passion qui prenait beaucoup de place mais je n’arrivais pas à me visualiser là-dedans, je ne savais pas que c’était possible de réussir et d’en faire mon métier. Il y avait une part de moi qui voulait mais je ne savais pas trop comment faire.”

Ensuite, Félicia décide de partir en année de césure et fait deux stages dans le domaine de la chimie. Elle en revient avec une certitude : elle ne trouve pas sa place dans ce domaine et ne se voit pas faire ça toute sa vie.

“Ensuite j’ai fait mon dernier semestre d’études et ça a encore renforcé mon sentiment de ne pas être à ma place. Je voyais mes copains qui étaient trop contents de choisir leur spécialité, ils en parlaient avec passion. Et moi je ne comprenais pourquoi je ne ressentais pas la même chose. Je ne trouvais pas ça particulièrement alléchant…”.

Pour finir sa formation, Félicia doit faire un stage en entreprise. Elle est prise dans une entreprise londonienne de cosmétiques et très vite, ses collaborateurs et responsables lui proposent un CDI. Elle l’accepte en pensant pouvoir économiser un peu d’argent pour ses projets futurs.

“Pendant les six mois de stage j’avais beaucoup de travail, je ne faisais que ça et bosser sur mon mémoire de fin d’études. Et c’est après le stage que j’ai décidé de reprendre des cours de danse dans un studio qu’on m’avait conseillé. Encore une fois c’est magique, j’adore ! Et un jour, un peu par hasard, je tombe sur une annonce Facebook de ce studio qui dit qu’il y aura une audition le lendemain pour la compagnie semi-professionnelle du studio. Sans aucune préparation, j’y vais et je suis prise… Donc à partir de là j’ai commencé à mener une double vie : la journée je travaillais au bureau et le soir et les week-ends je m’entraînais avec la compagnie. J’ai même fini par assisté une chorégraphe belge qui était aussi à Londres.”

Pendant un an, Félicia ne dormira que cinq heures par nuit, enchaînant ses deux journées de travail. Et puis, comme un signe du destin, on lui parle d’une formation de danse à Paris pour laquelle est organisée une audition prochainement…

“Mais ça impliquait de se déplacer jusqu’à Paris et puis, psychologiquement, de se dire que j’allais tout arrêter pour faire une formation. Alors que je commençais justement à trouver un bon équilibre entre mes deux activités. Finalement, je ne suis pas allée à la première session d’audition. Sur le coup je l’ai un peu regretté mais je me disais que si ça ne devait pas se faire c’était comme ça et puis voilà. Mais quelques temps, ils programment une seconde session d’audition. Et jusqu’à deux jours avant l’audition je ne savais pas quoi faire, j’hésitais vraiment à y aller. Je prends finalement mes billets de train et j’y vais. Le soir même on m’annonce que je suis prise : c’est un vrai choc.”

Des dizaines de questions se bousculent dans la tête de Félicia. Elle doute. Mais elle doit prendre une décision rapidement.

“J’étais très soutenue par mes collègues de travail et j’ai réalisé que c’était vraiment ça que je voulais faire. J’avais 25 ans, un diplôme en poche, une expérience en entreprise qui s’était bien passée. Si je ne le faisais pas à ce moment, je ne le ferais certainement jamais. On ne sait jamais quand des opportunités comme ça vont se re-présenter. Et je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. A partir de là j’ai pris la décision et je l’ai annoncé à tout le monde. J’étais vraiment sûre de moi. Et mon projet était tellement fort que personne n’a trouvé d’arguments pour m’empêcher de me lancer.”

S’est rapidement posée la question du financement de cette formation. Crowdfunding, organisation d’évènement mais aussi solidarité de la part de ses collègues, Félicia réussit finalement à collecter suffisamment d’argent pour payer une partie de son projet.

” J’ai tout quitté, tout s’est fait très rapidement. En l’espace de deux mois ma vie a changé. J’ai commencé ma formation et j’étais vraiment heureuse de pouvoir faire ce que j’aimais à fond. […] Et puis ça s’est compliqué… J’avais pu payer une partie de la formation mais entre temps j’ai eu des soucis familiaux et j’ai du faire de nombreux aller-retours entre Paris et Lyon. J’ai dépensé pas mal d’argent. Je me suis retrouvée sans argent, à devoir faire des petits boulots pour vivre. J’avais des dettes. Certains jours je n’avais même pas assez d’argent pour m’acheter à manger. C’était dur mais d’un autre côté je ne me voyais pas postuler pour des boulots d’ingénieurs. Je commençais à perdre confiance en moi, j’avais même perdu le goût de danser.”

Finalement, Félicia trouve un petit boulot et réussit à rembourser ses dettes. Elle décide de se concentrer sur l’essentiel et reprend des cours de danse.

” Petit à petit j’ai retrouvé ma passion, j’ai recommencé à passer des auditions. Mais je n’arrivais pas à être prise et j’ai commencé à avoir plein de doutes. J’ai pensé à me ré-orienter professionnellement pour trouver un travail où je pourrais avoir des horaires flexibles qui me permettraient de faire de la danse, mais avec une certaine sécurité financière. J’étais décidé à me ré-orienter et j’ai finalement reçu un appel pour un travail dans la danse… J’avais passé une audition mais je n’avais jamais eu de nouvelles et finalement ça m’est tombé dessus… C’était pour travailler trois mois aux Folies Bergères !”

Grâce à ce travail, Félicia fait de nombreuses rencontres et obtient son statut d’intermittent du spectacle. Elle décide alors de refaire une formation pour compléter son parcours.

“Au départ j’avais décidé de ne faire qu’un trimestre et finalement je suis toujours en formation. C’est la deuxième année. Et ça m’a permis de me constituer un réseau. Aujourd’hui j’arrive à trouver des projets de danse, que ce soit des clips, de la scène. Et ça me permet de faire mon intermittence. Et je ne regrette pas du tout d’avoir choisi cette voie là, même si c’est difficile. Avant j’avais un travail et une sécurité financière mais  je suis plus heureuse. Faire ce qu’on aime ça n’a pas de prix.”