Justine, 27 ans, Corse

 

Justine a grandi à Tours. Bonne élève, elle décide de partir au Havre après son bac pour faire une prépa Hypokhâgne BL:

“Je savais pas bien ce que je voulais faire, c’était le journalisme qui m’intéressait. Je voulais passer le concours des sciences po. Et finalement je ne les ai pas eu. Apres je suis partie à Lyon faire un cursus bi disciplinaire Sciences po et droit. Au final le droit m’a plu, j’ai basculé en droit tout court, en abandonnant sciences po parce que je voyais pas trop où ça pourrait me mener en termes de débouchés.”

Après sa licence, Justine s’inscrit en master de droit de l’entreprise. Cependant elle n’y trouve pas sa place:

“J’ai réalisé que tous les gens qui étaient autour de moi, les étudiants, les profs, les intervenants, ça ne pouvait pas être mes futurs collègues, j’étais trop différente, ce milieu ne pouvait pas être fait pour moi. Donc je me suis orienté vers un master en banque. J’avais envie de concret, de commencer à travailler. Mon année en alternance s’est bien passée, j’appréciais participer d’une façon ou d’un autre aux projets de mes clients.”

Justine va partir une semaine en Corse pour faire une randonnée équestre. Et là c’est un déclic: c’est là bas qu’elle veut faire sa vie.

“Je suis rentrée sur le continent avec l’idée d’y retourner. Pour l’anecdote, je me souviens que la première fois que je suis allée en Corse, avant de partir, sur le parking d’un supermarché, j’ai regardé les montagnes et j’ai trouvé ça magnifique. Et je me suis dit un truc: que je voulais que mes enfants grandissent ici! Alors que jusqu’à là j’avais jamais eu spécialement envie d’enfants… Mais c’était un signe.

J’ai quand même terminé mon année, passé mon diplôme. Je viens d’une famille qui a toujours du travailler pour s’en sortir.. et donc c’est vrai que dans mon cas j’avais cette pression familiale : “pour t’en sortir, pour gagner ta vie, il faut un diplôme, un métier”.

A la fin de mon alternance, je savais que la banque dans laquelle j’étais voulait me proposer un poste. Je suis allée voir les RH et je leur ai dit “j’ai un autre projet, alors votre proposition devra être vraiment intéressante pour ça puisse avoir un vrai poids dans la balance”. Je me suis dit que j’avais rien à perdre. Et ça a marché…ils m’ont fait une super offre ! Le seul point négatif c’est que c’était à Abbeville et que la localisation ne me faisait pas trop envie.”

Justine a pourtant passé tous les entretiens, jusqu’à rencontrer le manager de l’équipe. Finalement elle décroche le poste et doit donner sa réponse sous 3 jours.

“J’ai joué franc jeu avec le manager en lui disant qu’il aurait une réponse dans les 3 jours mais que j’étais très partagée, je lui ai expliqué que j’avais un autre projet de vie. Ce manager proche de la retraite a tout à fait compris en m’avouant qu’il aurait rêvé de faire de la menuiserie. En fait je pense que la génération de nos parents également avait d’autres envies, mais que pour certaines raisons ils n’osaient pas sauter le pas. 

Jusqu’à la veille au soir impossible de me décider… et finalement j’ai décidé de décliner l’offre et de partir en Corse. J’ai suivi mon instinct… cette vie là c’était pas pour moi. Je suis partie avec quelques économies pour ne pas être dépendante de mes parents”

Une fois en Corse, Justine fait une formation de guide de tourisme équestre. Après avoir dû travailler dur pour se remettre à niveau elle décroche finalement son diplôme.

“Par des connaissances j’ai rencontré mes futurs employeurs, un couple qui avait son ranch. Ils ont apprécié mon profil universitaire en plus de mon diplôme de guide de tourisme équestre.  J’ai travaillé avec eux trois ans. J’ai beaucoup appris, ça n’a pas été toujours facile, travailler en extérieur par tous les temps, se coucher après les cavaliers, se lever en pleine nuit si un cheval sort du parc, c’est un travail hyper physique.. j’ai beaucoup changé, je suis capable désormais de faire des trucs que j’aurais été incapable de faire avant. Je suis passée d’une vie enfermée dans un amphi, dans un bureau à une vie, un travail d’extérieur et très physique. Mais c’était ça que j avais envie de faire. 

Au bout de 3 ans comme salariée du ranch, j’ai eu envie de voler de mes propres ailes. Je me suis rendue compte que j’aspirais à autre chose : je voulais capitaliser cette énergie pour moi, gérer différemment mon rythme de travail : mon travail au ranch et les longues saisons étaient difficilement conciliable avec une vie sociale, amicale, sentimentale et vie de famille, ce dont je commençais à avoir envie.”

Justine quitte donc le ranch et avec son copain réfléchissent à de nouveaux projets.

“Lui est berger, et on a décidé de lancer notre activité de centre de rando à cheval en montagne de juin à septembre avec nos propres chevaux. On a aussi un autre projet un peu plus ambitieux sur lequel on travaille… on verra bien ! “

Elle avoue ne rien regretter:

“Si j’en suis là aujourd’hui c’est aussi grâce à mon parcours universitaire. Je pense que le plus important est de trouver ce qu’on veut faire vraiment. Certaines personnes pas très bonnes à l’école sont dirigées vers des filières manuelles, de travail physique. Mais le font par défaut. Moi finalement, ce n’est pas parce que j’étais bonne élève que j’étais faite pour un métier administratif. Aujourd’hui, je gagne moins bien ma vie que si j’avais poursuivi dans le secteur de la banque, je ne peux pas m’acheter les derniers vêtements à la mode, faire des voyages à l’autre bout du monde, mais au fond je suis plus heureuse comme ça.

Il y a aussi quelque chose qui revient souvent : les personnes qui trouvent que “j’ai de la chance” de faire ce que je fais, de vivre en Corse, de faire ce que j’aime. La seule part de chance dans l’histoire ce sont les rencontres que j’ai faite… le reste c’est surtout du courage de prendre ce genre de décisions et monter ce projet.

Et au fond je réalise que c’est toujours ce que j’ai voulu faire : Quand j’étais enfant, je me souviens que je voulais travailler dehors avec des animaux… finalement on devrait toujours écouter nos rêves d’enfants!”